Apprendre avec les pédagogies coopératives : le plan de travail dans ma classe

Apprendre avec les pédagogies coopératives : le plan de travail dans ma classe

Ça fait plusieurs mois que cet article est dans ma To do list, plusieurs mois que je repousse son écriture. Certainement parce que je n’étais pas encore totalement à l’aise dans tout ce que je mettais en place. Aujourd’hui, il y a encore à améliorer bien sûr – il y a toujours à améliorer ! – mais j’ai enfin trouvé un fonctionnement qui me convient. Je vous partage donc ici les différentes choses mises en place dans ma classe suite à la lecture de l’ouvrage Apprendre avec les pédagogies coopératives de Sylvain Connac.

Cet article est donc le premier d’une série consacrée aux pratiques coopératives que je mets en place dans ma classe, inspirées par ce livre et d’autres lectures que je détaillerai au fur et à mesure.

J’ai essayé pas mal de choses dans ce domaine ! Dans un précédent article, j’expliquais mon fonctionnement, mes inspirations, et surtout les évolutions envisagées, parce qu’en fait c’était plus une liste de choses à faire qu’un réel plan de travail, au sens originel du terme.

Pour définir ce qu’est un plan de travail, j’utiliserai la définition qu’en fait S. Connac :

Et ce tableau pour montrer les déclinaisons possibles :

Et cette année j’ai enfin réussi à mettre en place ces 3 déclinaisons.

Je trouve ça important d’employer les termes adéquats, non pas qu’une feuille de route soit moins bien qu’un plan de travail, chaque élève avance à son rythme. Ce qui m’importe, c’est l’esprit dans lequel ce fonctionnement a été imaginé. C’est vraiment un document dont l’élève est maitre : il choisit, il se donne des objectifs, se responsabilise. Mon objectif est que tous y arrivent dans l’année, à leur échelle. Une liste d’exercices à réaliser dans l’ordre qu’on veut ne constitue pas un plan de travail, mais c’est une étape vers le plan de travail.

Voilà comment je m’y suis prise pour mettre en place ce dispositif cette année.

En septembre et en octobre, il n’y a pas de temps de travail autonome, enfin pas comme imaginé dans mon fonctionnement en plan de travail. J’ai pris cette décision suite à un démarrage bien trop ambitieux l’année précédente, où j’avais donné un PDT à tous le 7 septembre, dans une classe composée pour moitié d’élèves qui n’avaient jamais pratiqué. Échec total.

Cette année j’ai préféré prendre le temps d’installer les habitudes de travail, de découvrir l’espace classe, d’apprendre à connaitre mes nouveaux élèves avant de nous y mettre. J’ai donc profité de cette première période pour bien ancrer les activités, les ritualiser (par exemple, tous les vendredis on fait l’exercice de Réussir en Grammaire au CM qui est lié à la séquence en cours).

À la rentrée des vacances d’automne, je leur ai proposé une feuille de route, différenciée selon leurs niveaux. A la fin de la semaine, chacun a fait le bilan de son travail en indiquant sur sa feuille si c’est terminé, s’il était satisfait de son travail. Et puis nous en avons parlé en conseil de classe. Ils ont évoqué leurs difficultés, leurs réussites, leurs ambitions. Selon le travail réalisé,  j’ai passé quelques élèves directement en plan de travail, généralement mes CM2 que j’ai depuis 3 ans maintenant et qui sont habitués aux PDT.

Inspirée par Un prof des Zécoles, j’ai préparé un petit shéma pour décrypter mes fiches de PDT :

Pour ceux qui sont en feuille de route, je prépare la fiche, je choisis leur travail. Ça correspond à un niveau d’autonomie 1.

Les élèves en contrat de travail co-construisent leur programme avec moi, ou avec un élève d’autonomie 4. Je choisis généralement quelques activités que je pré-remplis.

Enfin, les élèves en plan de travail, niveau 3 ou 4 choisissent seuls leur programme.

La question est maintenant : comment choisissent-ils les activités ?

L’idéal serait pour moi de fonctionner avec des ceintures de compétences dans tous les domaines, les élèves auraient ainsi leur progression et pourraient choisir le niveau à travailler facilement. Sauf qu’aujourd’hui, je n’ai que 4 ceintures en place : calculs posés, tables de multiplication, calcul mental (Matheros) et conjugaison.

Je n’avais pas envie de me contenter de ces 4 ceintures pour les plans de travail, donc en novembre nous avons listé des activités réalisables pendant ces temps de travail autonome. Il ne s’agit que d’activités d’entrainement, de révision. Si vraiment je veux mettre quelque chose pour une nouvelle notion à venir, ce sera une question pour recueillir leurs représentations (en sciences par exemple) ou une vidéo pour aborder la notion (comme en pédagogie inversée).

La liste n’est pas exhaustive bien sûr et certains élèves proposent d’autres choses. Je vérifie tous les plans de travail le lundi de la première semaine, pour voir si ce qui a été choisi est cohérent.

Un autre élément les aide à choisir : le temps. J’ai mis un créneau PDT à l’emploi du temps tous les matins en entrant en classe. Je profite donc du temps d’accueil en classe pour voir avec chacun où il en est.

Je leur ai donné comme repère qu’une activité, en moyenne, n’excèdera pas 30 minutes. Donc compte-tenu des créneaux disponibles, on peut prévoir une douzaine d’activités. Bien sûr ça n’est qu’un indicateur.

Pour les aider à planifier dans la semaine, j’ai également rajouté des cases sur le côté gauche pour y indiquer la date prévue pour la réalisation du travail. Ça aide certains élèves à se fixer des objectifs. Dans ce contrat de travail, le 1 et le 2 dans la marge indiquent si c’est le jeudi de la semaine 1 ou 2 du PDT.

Pendant les créneaux de plan de travail, parfois je prends un groupe pour travailler sur quelque chose de spécifique, ou évaluer, mais la plupart du temps je suis à leur disposition pour faire valider leurs activités. Ils me montrent leur travail, donnent les résultats (si c’est un jeu par exemple, ou un exercice en ligne), si besoin on refait ensemble.

Depuis janvier, j’ai décidé de me faire un document de suivi pour savoir s’ils finissaient leurs PDT, quel était leur niveau d’autonomie etc.

Les cases noires, ce sont des élèves pour qui j’ai suspendu les plans de travail : elles ne finissaient jamais, ne me faisaient pas valider les activités, qui d’ailleurs étaient de l’ordre de 2 ou 3 sur 15 jours. Le fonctionnement en PDT ne leur convenait pas, ou pas encore. Sur les temps d’autonomie, je leur donne donc spécifiquement du travail, avec un temps précis, et je demande à vérifier (alors que ceux en PDT viennent me voir pour valider). Si elles en font la demande, je les repasserai en feuille de route. Je veux de la démarche vienne d’elles.

Pour réguler les demandes des élèves pendant les phases de travail autonomes, j’utilise deux outils :

Le Tétra’aide, c’est un outil créé par Bruce Demaugé-Boost, que l’on imprime sur du papier  cartonné et que les élèves posent sur leur table pour donner une indication au maitre :

J’ai la chance d’avoir un mari créatif qui a fait un Tétra’aide à imprimer en 3D et à monter avec des tasseaux de bois. Pour ceux que ça intéresse, le fichier d’impression est disponible sur Thingiverse.

Le deuxième outil c’est le Passeport. J’ai aussi découvert cet outil dans le livre de S. Connac et je dois dire que ça change la donne ! Le principe : un élève qui a besoin d’aide, et qui a déjà essayé seul, sollicite quelqu’un dans la classe en posant son passeport sur sa table. Ça peut être la maitresse bien sûr, mais je les encourage aussi à aller vers leurs camarades. L’affichage des ceintures passées par élève est ici d’une bonne aide : on se tournera vers un élève de ceinture verte en calculs posés si on a besoin d’aide sur la multiplication par exemple. L’avantage c’est que ça ne dérange pas la personne sollicitée car on pose juste le passeport sur sa table, et quand elle est disponible, elle va aider la personne. Ça a le double avantage de ne pas déranger le camarade, et de ne pas attendre à rien faire : en attendant l’aide, on va faire une autre activité. Je m’en sers aussi pour les validations des activités : ils posent leur passeport sur ma table et quand je suis disponible, je les appelle pour valider. Pas de queue pour me voir, et plus de travail pour eux parce qu’ils ne sont pas inactifs en attendant !

J’allais oublier un élément de ce fonctionnement : le bulletin de salaire. Il est lié au fonctionnement de la monnaie intérieure que je développerai dans un prochain article. Pour les curieux, cet article sera sans doute éclairant. Pour faire court et lier cela au plan de travail, la monnaie intérieure sera le moyen « d’obtenir un produit symbolisant le fruit de véritables engagements » (S. Connac, Apprendre avec les pédagogies coopératives). Aussi les efforts effectués au cours de ce plan de travail donneront lieu à un bulletin de salaire. Ce n’est pas la réussite qui est évaluée mais bien l’effort, l’engagement dans la tâche.

Avant de mettre mes documents à disposition, je conclurai en disant que ce fonctionnement en plan de travail m’est aujourd’hui indispensable. Il responsabilise les élèves, les rend autonomes, ils sont fiers de se lancer des défis, de se prendre en charge, de progresser dans leurs apprentissages, et les ceintures de compétences aident bien à cela. Cela représente un temps certain dans l’emploi du temps, temps que j’ai pris ici et là sur l’entrainement prévu dans mes séquences. J’aime beaucoup ces moments où la classe devient une ruche, chacun fait son petit chemin comme bon lui semble, l’ambiance est sereine parce qu’on leur fait confiance pour accomplir ce travail.

Trame de plan de travail / contrat de travail / feuille de route

 

 

 

Trame des passeports

 

 

10 réactions au sujet de « Apprendre avec les pédagogies coopératives : le plan de travail dans ma classe »

  1. Merci pour toutes ces précisions et ce travail . Il faut que je relise le livre …. depuis plusieurs années je tourne autour du pot pour changer mon fonctionnement et ta présentation me parle !!! J’ai 4 niveaux de classe les CE et les CM et cela permettrait certainement de mieux gérer tout ce petit monde …

  2. Article très intéressant, c’est inspirant. Ça fait un moment que je veux me lancer aussi sans me renseigner plus que ça mais cet article me donne envie de lire sur le sujet et de commencer doucement avec les feuilles de route et les passeports que j’adore ! Merci !

  3. Merci pour ce post très intéressant.
    Grâce à toi, je viens de découvrir que mes élèves ont une feuille de route, à la journée. Je savais que ce n’est pas un plan de travail mais je ne savais pas comment cela s’appelle. Dans la classe, je dis « feuille de travail personnel ». Elle récapitule tout ce qu’ils doivent faire dans la journée pendant les moments où je ne suis pas avec eux (j’ai un triple niveau). Selon leur niveau d’autonomie, ils doivent le faire dans l’ordre donné en début de journée ou comme ils veulent.

  4. Bonjour
    Merci pour ce travail superbe. Est il possible de m’envoyer une version modifiable ( date, classe) de l’ensemble «  plan de travail, contrat de travail et feuille de route . J’ai essayer de faire mais ce n’est pas aussi esthétique.
    Merci
    Cordialement
    Vėronique

  5. bonjour. c’est par hasard que je tombe sur votre site et votre travail. J’étais à la recherche du livre de Connac sur les pédagogies coopératives, que je voudrait bien acheter a moindre prix, lequel était suggéré dans l’excellent livre de Sylvie Jouan Classe multiâge, archaisme ou école de demain elle-même suggérée par l’historienne Anne Querrien sur l’école mutuelle au 19ème siècle. Je ne suis pas enseignant, mais conférencier et médiateur. L’enseignement et le « processus d’apprentissage » sont mes dadas. Je donne deux conférences sur les « freins à l’apprentissage » et « la gestion de la classe » où je parle du schéma de Berne qui préconise la coopération entre membres d’une équipe et qui peut tout à fait s’appliquer à une classe, comme les auteurs ci-dessus le suggèrent. ma question est: avez-vous une classe multiâge ou appliquez vous les préceptes de Connan à une classe homogène? avez-vous pensé avec des collègues (ouverts) à faire de plus grandes classe multiâges (dont l’efficacité est meilleure)? Merci d’avance

    1. Bonjour, et merci pour votre message. J’ai une classe de CM1-CM2, donc multiâge mais pas non plus de 3 niveaux ou plus comme c’est souvent le cas quand on parle de classe multi-âges.
      J’y ai déjà pensé mais je n’ai pas abordé le sujet avec mon équipe. Moi même je ne me sens pas encore prête, je découvre les niveaux et j’aimerais approfondir avant de changer complètement. D’autre part, j’ai des élèves en cursus horaires aménagés danse, cela occasionne une organisation assez complexe et cette classe multi âge pourrait être à mon sens difficile à gérer par plusieurs personnes à la fois.

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