Aménager un makerspace dans son école

Aménager un makerspace dans son école

Depuis plusieurs années, on voit les fameux Makerspaces des écoles américaines, ces lieux qui ont un côté presque magique tellement ils regorgent de matériel, de créations en tous genres et dans lesquels les élèves peuvent laisser libre court à leur imagination.

Et un que j’aime bien suivre sur Twitter : Mr Lane, the STEM Guy

Certains d’entre vous se disent que niveau matos, y’a ce qu’il faut. Oui. J’y reviendrai ensuite !

 

J’ai toujours voulu mettre en place dans ma classe des séances qui font le plus appel à la manipulation des élèves. Je suis convaincue qu’ils apprennent mieux en faisant.

Pour les enseignements scientifiques, j’essaie au maximum d’avoir recours à l’expérimentation. Bien sûr, c’est ce qu’on nous dit de faire en formation, mais dans la réalité, ça n’est pas toujours aussi simple : quel matériel utiliser, dans quel lieu se mettre pour manipuler (souvent on a besoin de place), comment faire ça en sécurité, comment gérer l’excitation des enfants ? Bref autant de questions qui nous poussent parfois à ne pas mettre en place  d’expérimentation.

Alors quand j’ai eu ma classe fixe il y a 3 ans, j’ai cherché comment l’aménager pour pouvoir avoir un espace plutôt créatif et expérimental.

Comme la classe se créait dans l’école (transformation de la BCD en salle de classe suite à une ouverture), elle était assez vide. Finalement ça s’est transformé en avantage : pas de gros meubles encombrants. Elle fait 55m². J’ai décidé de réserver une « bande » au fond qui pourrait servir pour des ateliers :

Progressivement, elle s’est équipée : beaucoup de récup, de transformation (coup de peinture, déplacement d’étagères …) et j’y ai mis du matériel qu’on collectait (bouchons, rubans, ficelles, carton, boutons, chutes de papier …) et du matériel que je gardais collectionnais chez moi depuis des années (syndrome du prof qui garde tout).

Et déjà là je commençais à avoir du matériel. J’y ai mis aussi du matériel artistique. J’avais résolu mon premier problème : le matériel. J’ai souvent sollicité les familles aussi en leur demandant d’amener du matériel pour le jour de l’expérience (récipient, balance, billes …). Nous avons alors commencé à vivre de chouettes expériences, dans la classe :

Évidement ça crée de l’enthousiasme, ou plutôt soyons clairs c’est bruyant ! Il faut je pense se créer ses règles : qu’est-ce qui est tolérable ? Jusqu’à quel niveau sonore peuvent-ils travailler correctement ? Que faire si ça déborde ?

Pour moi ça a toujours été un rappel des règles en début de séance et un arrêt total du groupe si ça n’est pas respecté. Et comme ils adorent ce types de séances, généralement ils se régulent. La responsabilité mise sur le groupe est aidante : ensemble ils doivent réussir, mais ensemble ils peuvent arrêter s’ils ne se raisonnent pas entre eux. Bon évidemment si un élève fait exprès de ruiner le travail des autres, il est isolé.

En tous cas, c’est déjà top de réussir à avoir un espace dans la classe qui permette d’avoir ce type de matériel à disposition, un petit Makercorner si je reprends la dénomination de Cécile avec qui j’ai échangé à ce sujet sur Instagram.

Je m’en serai contentée si l’école n’offrait pas d’autres possibilités …

Parce que oui, dans mon école, il y a encore une salle de libre, enfin une double salle. Ce sont deux classes qui ont été ouvertes pour faire une grande pièce d’activité de 110 m².

Et comme je commençais à manquer d’espace, j’ai voulu l’utiliser. Selon les projets, on a besoin de plus de place, et on a besoin de laisser le matériel en pause sans tout ranger pour la prochaine séance.

Cette fameuse salle n’était pas très utilisée, parfois pour des répétitions de chorale en grand groupe, parfois par le périscolaire, mais en gros c’est tout. Ma classe est l’ancienne BCD, il y avait donc plein d’étagères (que j’avais repeintes d’ailleurs pour un peu de plus de peps), ma directrice a proposé qu’on les réinstalle dans cette salle double pour créer du rangement. Double avantage : ça ne prend pas beaucoup de place (étagère étroite pour mettre des livres à la base), et on peut en mettre sur toute la longueur de la salle et sur plusieurs étages.

Et là on a commencé à faire appel aux familles pour récupérer du matériel  : bouteilles en tous genres, rubans et ficelles, tissu, bois, vis, outils, boites d’œufs, bouchons, baguettes, bobines, boutons, et on a même eu des choses assez surprenantes, que les gens gardent « au cas où ça pourrait servir » comme des disques durs, ou des trucs dont je ne saurai vous dire l’utilité !

On a rangé ça dans ces cartons, ramettes de papier, boites à chaussures, bref, dans ce qu’on avait. J’ai rapidement étiqueté pour qu’on s’y retrouve un peu mais tout ça mériterait d’être encore mieux organisé, ça viendra !

Ça c’était en début d’année scolaire, octobre 2019. Depuis on a essayé de rendre le lieu un peu plus beau : ma directrice a repeint le vieux tableau à craie en rouge, on a commencé un arbre grandeur nature sur la porte dans le couloir pour marquer l’entrée du lieu. Toujours à l’initiative de ma super directrice, on a regroupé du matériel artistique dans cette salle (et dans la réserve qui est juste à côté). On a donc maintenant une salle pour créer, dessiner, peindre, expérimenter, chercher, jouer et bien plus encore !

Tous les instruments de musique de l’école sont regroupés ici également, et un coin spécial a été aménagé avec un piano pour que nos élèves en classe à horaires aménagés danse puissent suivre leurs cours de formation musicale.
Bref, on a un chouette makerspace, qui ne demande qu’à accueillir des élèves et voir naitre les créations les plus extraordinaires !

Maintenant l’objectif est qu’il vive au travers des 12 classes de l’école. J’espère réussir à emmener mes collègues dans cette aventure à la rentrée prochaine.

 

En parallèle de tout ça, on m’a proposé de faire partie du projet « FabLab à l’école ». C’est un projet initié par Univers Sciences (vous savez, la Cité des Sciences et le Palais de la Découverte) et accompagné dans les écoles par le Réseau Canopé. « Son objectif est de stimuler le développement de la culture scientifique, technique et industrielle des élèves et de leurs enseignants par la mise à disposition de la technologie et des outils du fab lab dans une école ou un collège. Il vise à encourager la culture du « Faites-le vous-même » et « Faites-le ensemble» au cœur de l’Éducation nationale. »

N’hésitez pas en aller voir la vidéo de présentation sur le site de Canopé.

Oui, mais un FabLab, c’est quoi ?!

C’est un projet pour des scolaires, donc on adapte bien sûr, mais l’esprit reste le même ! La grosse différence est sur l’ouverture au public. Il ne s’agit pas d’un lieu ouvert car c’est implanté dans une école, mais cela n’empêche pas d’ouvrir occasionnellement et d’inviter des personnes à vivre une expérience créative dans notre fablab !

Qui dit fablab dit quand même machines, équipement. Et là dans ce projet était prévues 6 machines pour que les possibilités de créations soient variées :

C’est sur que c’est extraordinaire tout ce matériel !!

Je dois aussi dire que ça n’est pas nécessaire pour se lancer : il faut déjà prendre des habitudes de travail expérimental et créatif et ensuite mettre en place un makerspace et développer les pratiques de création et de travail par projet, puis pour aller plus loin, envisager d’acquérir des machines ou du matériel selon ses besoins.

Dans mon école, avant tout ça, on avait déjà des tablettes (projet d’équipement de la mairie), un vidéo projecteur, des TNI dans les classes avec un PC.

Il y a deux ans on a organisé un Coding Challenge au collège, et on a acheté avec la coopérative scolaire un robot Codey Rocky comme lot à la classe gagnante (qui peut en fait servir à toute l’école puisque le challenge était entre nos 5 classes de C3 !).

 

Voici quelques pistes pour se procurer du matériel :

– solliciter votre circonscription : j’ai déjà pu tester différents robots que j’ai eu en prêt une période

– solliciter Canopé : ils prêtent du matériel si on est adhérent

– solliciter une asso : je pense (localement) à notre association AGEEM qui possède une Beebot qui peut la prêter à ses adhérents, il y a peut être près de chez vous une asso, un fablab ou autre qui pourrait vous prêter du matériel, ou même venir faire une animation avec

– solliciter les familles pour récupérer du matériel : outils, smartphone qui ne sert plus, table à repasser …

– proposer un financement de la coopérative scolaire, avec un projet sur plusieurs classes : ça permet de toucher plus d’élèves, et de motiver ! Un projet d’équipe, une rencontre interclasses et l’aventure commence, ensemble

– organiser des actions pour financer une ou plusieurs machines : selon ce que vous souhaitez, il est possible en quelques ventes de gâteaux ou autres de faire une petite cagnotte.

– échanger son matériel avec une autre école : l’une a un robot, l’autre un autre modèle, on échange de période en période !

– monter un projet auprès de la collectivité

– créer un projet avec le collège (le prof vient à l’école ou la classe se déplace au collège, qui est souvent plus équipé que le primaire)

J’ai compilé sur ma boutique Amazon (plus d’explications par ici) le matériel dont je me sers, ce qu’on m’a donné (pour les références qu’on me demande souvent) et ce que je peux acheter pour compléter ou comme consommables. Petit point d’attention cependant, avec la crise sanitaire, le prix de l’imprimante 3d s’est envolé (presque doublé), donc si vous avez envie de vous lancer attendez un peu ! L’imprimante Flashforge lite est très bien, et se situe plutôt aux alentours des 300 euros.

Et il ne faut pas oublier que tout ne se fait pas en 1 jour (ou alors avec un bon financement !), l’équipement ça s’acquiert et ça s’accumule. Dans le fablab j’ai du matériel perso, c’est un choix, ils le savent et en prennent soin. Mais j’ai envie de pérenniser cet espace, et d’avoir encore de nouvelles choses : plus on crée, plus on découvre d’autres possibilités, et plus ça donne envie de se lancer !

D’ailleurs si je regarde ce que je savais faire il y a 3 ans et ce que je sais faire aujourd’hui, je dois dire que j’ai appris beaucoup de choses ! Il me semble indispensable pour ce lancer dans ce type d’aventure d’être prêt à chercher et se former, d’oser aller demander à quelqu’un, de pratiquer une veille active pour se tenir au courant de se qui se fait, du matériel qui sort, des nouveaux usages … Les réseaux sociaux sont pour moi le plus bel espace d’échanges et de formation, j’y apprends beaucoup de choses, j’aime aller voir ce qui se fait ici et là . C’est aussi un super moyen d’échanger, entre profs du projet, et entre élèves : plusieurs écoles ont des Twittclasses et les élèves partagent leurs réalisations, réagissent à celles des autres, questionnent, demandent de l’aide. Soyez donc prêts à apprendre AVEC les élèves : pas de honte à ne pas savoir, par contre quel plaisir de progresser ENSEMBLE !!

En tous cas j’espère qu’avec cet article j’aurai éveillé en vous de la curiosité pour ce type d’espace créatif qui offre tant de possibilités à l’école. Si vous avez un Fablab près de chez vous, n’hésitez pas à aller y faire un tour, ça déborde d’idées !!

Juste pour finir, et vous donner envie, un petit point sur nos projets de classe :

Avant le confinement, nous allions tous les vendredis après midi au fablab (2h30). Je propose généralement des projets, parce que certains n’ont pas d’idées, mais bien sûr je les laisse créer les leurs. Tous les projets sont compilés dans le cahier de sciences, j’ai créé une fiche projet pour anticiper sur la fabrication (ils ont toujours trop envie de commencer direct par la manipulation alors qu’il y a une phase de recherche et de conception indispensable). Ils y font un schéma, légendé si possible, y mettent les matériaux dont ils auront besoin, les machines, l’utilité de cet objet et si possible les plans détaillés.

J’insiste sur cette phase écrite, d’une part pour les besoins de la démarche scientifique, et d’autre part pour les compétences liées au français et aux maths. A chaque séance, je demande de rédiger une ou plusieurs phrases bilan pour savoir où on en est. Et puis, c’est très plaisant de regarder tous ces écrits de réflexion, et de voir ensuite le projet abouti !

Nous avons repris nos après midis au fablab depuis début juin, avec le protocole sanitaire. On a moins de liberté de mouvement mais on peut quand même faire pas mal de choses !

N’hésitez pas à me contacter si vous avez envie de vous lancer, je vous accompagnerai avec plaisir !

6 réactions au sujet de « Aménager un makerspace dans son école »

  1. Oh que c est tentant!!! Je vais mettre cette petite graine de Fablab dans un petit coin de ma tête et je vais laisser germer, grandir..

    1. Tu as raison c’est comme ça que ça fonctionne ! Mets-toi y vraiment quand tu auras gardé trop de trucs « au cas où » chez toi !!

  2. Merci pour cet article bien complet. J’ai failli assister à une formation fablab en mai (mais bon, crise oblige, j’espère que ce sera reporté l’an prochain!)
    Je commence enfin à me projeter dans l’année prochaine et je vais réfléchir à mettre un petit coin en place dans ma classe. Pour commencer tranquillement avec mes petits CE1. Je remonterai les posts avec le #fablabalecole 😉

    1. Merci ! Dommage pour la formation ça t’aurait lancé… C’était dans quel cadre (je suis curieuse hein !) ? N’hésite pas en tous cas 😉

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